Les thèmes que vous avez choisi de placer au cœur de votre rencontre – éthique, philanthropie, environnement – témoignent d'une évolution extrêmement salutaire de nos sociétés, à laquelle vos entreprises se doivent de contribuer.
Je sais que la conjoncture actuelle, chargée d'incertitudes, est propice à ces réflexions de fond, qu'il nous appartient désormais de faire déboucher sur des progrès
concrets.
A cet égard, et malgré les bouleversements parfois douloureux qu'elle entraîne, j'espère que cette crise, comme d'autres avant elle, sera l'occasion de revoir en profondeur les modes de fonctionnement de nos sociétés et de repenser les fondements d'une civilisation qui, pour reprendre les termes de l'ancien Vice-président américain Al Gore, Prix Nobel de la Paix, « s'est engagée dans un processus qui lui a fait abandonner son ancrage dans le monde de la nature pour un monde toujours plus artificiel, que nous avons conçu nous-mêmes, dans une vision pleine d'orgueil. »
Un monde artificiel parce qu'oublieux de notre condition d'individus vivants et fragiles dans un univers vivant et fragile.
Etant très impliqué dans la défense de l'environnement, je ne peux que me réjouir de constater que vos entreprises, qui représentent un secteur important de l'activité mondiale, choisissent désormais d'aborder de front ces questions.
L'importance du luxe tient à ses ramifications dans tous les pans de l'économie mondiale, depuis les fournisseurs de matières premières jusqu'aux distributeurs.
Je pense aussi au pouvoir prescripteur qui est le vôtre. Par la puissance des rêves qu'elles véhiculent, vos marques ont le pouvoir d'influencer des milliers d'entreprises, des millions de consommateurs.
Ce pouvoir considérable suscite aussi des devoirs.
Nous connaissons, en effet, l'importance déterminante des opinions publiques dans la lutte mondiale pour la préservation de l'environnement.
Face à des défis qui nous concernent tous, devant des dangers qui ignorent les frontières, nous devons mobiliser toutes les énergies, toutes les volontés.
Les entreprises, comme les gouvernements ou les sociétés civiles, ne sauraient s'y dérober. Elles doivent jouer un rôle à la mesure de leur importance sociale. Il en va aussi de leur survie.
Survie : ce mot peut sembler excessif. Je l'utilise pourtant à dessein.
La question à laquelle nous nous trouvons aujourd'hui confrontés ne se réduit pas à une contrainte extérieure nouvelle qu'il faudrait désormais intégrer pour améliorer le fonctionnement ou la rentabilité de vos entreprises : un peu plus de produits « bios », quelques efforts d'économie d'énergie, ou encore un affichage « vert » de nature à satisfaire les préoccupations des consommateurs···
La question qui nous est posée, plus encore qu'une question de valeurs, est une question de système : celle de la pérennité d'un modèle aujourd'hui confronté à sa propre finitude, à travers celle des biens sur lesquels il a construit sa croissance.
Certains experts évoquent six années, d'autres dix à quinze··· Tous, en tout cas, s'accordent à reconnaître que nous aurons bientôt atteint un seuil irrémédiable dans la dégradation de notre planète, avec son cortège de ressources épuisées, d'écosystèmes malades et de drames humains.
Face à cette perspective, qui n'est pas encore inéluctable, notre devoir le plus urgent est de modifier en profondeur notre rapport à la nature et au temps. D'inventer d'autres manières de produire et de compter dans le long terme, intégrant des paramètres que nous laissions jusqu'ici à la marge des comptes d'exploitation des entreprises.
C'est un impératif de cohérence en même temps qu'un constat de bonne gouvernance : nous savons aujourd'hui qu'il est possible de concilier écologie et économie. Les réformes entreprises par certaines des plus grandes économies du monde le prouvent. Et l'exemple des entreprises de plus en plus nombreuses qui s'engagent dans cette voie nous y incite également, faisant de mois en mois apparaître des sources nouvelles de progrès et de rentabilité, au profit de leurs actionnaires, de leurs salariés, de leurs clients.
Au profit du monde dans lequel nous vivons.
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Les bouleversements qui nous sont annoncés sont aussi de formidables opportunités. Notre génération a aujourd'hui le pouvoir d'être celle du sursaut. A condition de s'en donner les moyens. A condition, surtout, d'avoir le courage d'affronter les problèmes qui se posent.
Je vous félicite d'aborder ces thèmes essentiels. Et je me réjouis que la Principauté de Monaco constitue le cadre de vos réflexions.
Soyez assurés que vous serez toujours ici les bienvenus pour poursuivre ces travaux.
Je vous remercie.








